Pierre Blasi, Et voguent tartanes et voiles latines…, Aix en Provence, Edisud, 2001, 141 p., ill., 170 F.

Comme nous le disions plus haut le livre de Pierre Blasi est assez différent. Ici, il s'agit d'une évocation du passé. Contrairement à son ouvrage antérieur Et voguent barquettes et pointus… qui proposait un panorama contemporain des "pointus" motorisés, l'auteur fait dans l'évocation d'un passé révolu, contrairement à ce que le titre pouvait laisser entendre.
Aucune photographie ne vient illustrer le propos qui est délibérément tourné vers les navires anciens, qui, pour la plupart, ne naviguent plus depuis longtemps.
P. Blasi qui a des talents de dessinateur, a lui-même réalisé un grand nombre de croquis de ces bateaux (hors d'eau) qui hantèrent la mer intérieure et même quelques navires exotiques (Léman, Baltique, Etats-Unis).
L'A. fait l'historique de la voile latine en commençant par un avant-propos nostalgique, comme il le dit lui-même, (pour lui la voile latine est perdue, sans rémission !) et ce parti pris est sans doute dommageable. Sans doute l'auteur ne connaît-il pas la dynamique, certes modeste à l'échelle de la plaisance actuelle, mais tout de même active, qui anime de nombreuses associations des côtes du Roussillon, du Languedoc et de la Provence, et la pratique de plus en plus répandue qui consiste à remettre en état et parfois à construire pour la plaisance de nombreuses bettes, barquettes, catalanes et même tartanes qui aujourd'hui fréquentent la costiera. De plus, on notera que l'usage de la voile pour la pêche et en particulier la latine est encore bien vivant en Tunisie notamment dans les îles de Djerba et des Kerkennah….
Le retour sur le passé (idéalisé bien souvent) ne suffit plus, il faudra encore s'intéresser à cette pratique très contemporaine de la voile latine, bien illustrée dans nos régions lors des rencontres de Sète, Palavas, l'Estaque, La Ciotat, la Madrague de Giens, Saint-Tropez, Cavalaire, Villefranche… (la liste n'est pas exhaustive).
Par la suite, P. Blasi fait le point sur certains navires emblématiques, avec quelques erreurs ou approximations (l'A. fait l'inévitable confusion lexicale et d'usage entre artimon et mejana. Rappelons qu'il n'y a que le français et le castillan (sous l'influence deu français ?) parmi les langues néo-latines, qui établissent cette confusion et confondent en déplaçant l'artimon, voile et/ou mât de l'avant sur l'arrière et la mejana (misaine) voile et/ou mât de l'arrière sur l'avant ce que l'on retrouve normalement sur tous les navires méditerranéens à gréement multiple et complique les traductions et la compréhension pour les Italiens, Catalans et même Anglais).
On notera qu'en réalité contrairement à ce qui est dit la caravelle a beaucoup servi pour la guerre (Catalans, Génois, Provençaux et même Turcs ont utilisé ce type de navire pour des expéditions guerrières).
A remarquer et à louer l'intéressante planche de voiles de divers types qui illustre la diversité des gréements ainsi que d'intéressantes indications sur l'usage militaire italien des boutres et sambouks.
Après un chapitre sur la technologie de la voile latine et de jolis croquis de détail de l'appareil, l'A. s'emploie à détailler la manœuvre avec quelques dessins toutefois moins explicites que ceux de Mario Marzari.
A la suite de ça, il est proposé une typologie des anciens navires latins, y compris deux galères antiques à voiles carrées, des galéasses, chebecs, pinques, tartanes. Pour cette dernière l'A. propose diverses étymologies plus ou moins fantaisistes et ne semble pas comprendre la relation pouvant exister entre la tartana le filet et une métonymie avec l'oiseau de proie du même nom, ce qui est sans doute l'origine du mot à moins d'y voir l'arabe taridah. Même si le mystère reste entier (sic), contrairement à ce que dit P. Blasi, le débat peut encore avancer.
L'A. fait donc le point sur les (anciens) bateaux latins des côtes françaises, de Port Vendres à Nice, en illustrant de croquis les navires, barques et embarcations. Les commentaires portent également sur le contexte historique, commercial et technique des bateaux et lieux retenus.
Après les côtes françaises "l'Italie et sa belle diversité" est passée en revue depuis la Sicile jusqu'à Gênes en passant par l'Adriatique, tel est le titre bienvenu de ce chapitre.
L'île catalane de Mallorca est également évoquée avec ses llauts, puis les navires exotiques et d'exportation méditerranéenne achèvent les illustrations commentées.
L'ouvrage se ferme sur un bref lexique méditerranéen (le topos, "le cousin du lièvre" fait partie du légendaire ponantais !) et sur une bibliographie sommaire (sommaire elle l'est effectivement et parfois un peu trop datée !).
Au total, un livre intéressant pour le grand public, souvent bien documenté mais, dont le choix délibéré de ne pas présenter l'actualité de la voile latine notamment sur notre littoral, est peut-être à regretter. De même le ton nostalgique est, à mon avis, un peu dépassé.
De fait, il reste encore à publier un ouvrage en français sur la voile latine, plus ouvert sur les temps présents.

Ph. Rigaud